Declic Violence

AIDE À LA PRISE EN CHARGE DES VIOLENCES CONJUGALES ENVERS LES FEMMES EN MÉDECINE GÉNÉRALE

Les enfants exposés aux violences

EN BREF

Face à une situation de violences conjugales révélée, le médecin généraliste doit penser aux enfants : ouvrir le dialogue, évaluer leur situation, alerter selon les cas, proposer une prise en charge spécialisée (psychologue).

Les effets néfastes sur le développement global de l'enfant sont réels. Ces enfants sont également plus à risque d'être des victimes directes de maltraitance.

Face à certains symptômes inhabituels chez l'enfant, il faut se poser la question d'une exposition aux violences conjugales.

    En France, l'enfant est encore trop souvent oublié lorsque l'on parle de violences conjugales. Pourtant les droits et les besoins de l'enfant doivent être pris en compte dans cette situation. D'autant plus qu'il n'est pas à l'abri de conséquences néfastes à court et à long terme. Maltraitance des enfants et violences conjugales peuvent malheureusement être associées. Le médecin généraliste a un rôle à jouer.

    Enfants "exposés", enfants "victimes", enfants "témoins": des réalités différentes ?

    Les enfants peuvent être des témoins directs des scènes violentes s'ils se trouvent dans la même pièce. Ils peuvent également entendre des paroles ou des gestes violents. Ils savent aussi reconnaître des traces des épisodes de violences: objets cassé, hématomes, mère en pleurs... Parfois, ils deviennent des victimes accidentelles des violences, en voulant s'interposer par exemple. Ils sont aussi des victimes directes de maltraitance pour une partie d'entre eux.

    Dans tous les cas, l'exposition aux violences renvoie à la menace qui pèse sur ces enfants et la nécessité d'agir pour les protéger.

    En quoi l'exposition aux violences représente un risque de danger pour l'enfant ?

    * Vivre dans une famille violente est une situation complexe pour l'enfant. Elle est vécue de différentes manières :

    • Il vit dans le secret et le déni. L'enfant ne peut pas s'exprimer sur ce qu'il vit au sein du foyer. Le déni peut devenir une stratégie pour surmonter les situations stressantes.
    • Spectateur d'une manière ou d'une autre des violences, il se construit une représentation simplifiée et binaire de la situation, et doit faire face à des conflits de loyauté, des émotions contradictoires, l'amenant à prendre parti pour la mère ou le père. Il peut se sentir responsable de la situation.
    • La crainte et la terreur dominent la cellule familiale. L'enfant vit dans un état d'hypervigilance qui va l'amener à intérioriser (faible estime de soi, dépression, timidité...) et/ou extérioriser (agressivité, hyperactivité, délinquance...) son angoisse. Peuvent émerger un sentiment d'impuissance, une perte d'estime de soi, des difficultés d'intégration sociale. L'enfant peut également développer un état de stress post traumatique.
    • La domination et l'agressivité font loi. L'enfant apprend à résoudre les conflits par la violence, qui devient une norme sociale.

    * Les besoins de l'enfant peuvent être mis à mal

    • Selon la loi, les parents sont tenus d'assurer "la santé, la sécurité, la moralité, et l'éducation" de leurs enfants (article 375 du code civil)
    • Les besoins des enfants peuvent être représentés selon la pyramide de Maslow. Ce modèle définit une hiérarchie de besoins servant à la constitution et au développement de la personne humaine.
    L'emprise
    • La théorie de l'attachement fait du sentiment de sécurité acquis dans la relation avec les proches la base de la construction de la personnalité. Chez le nourrisson, l'attachement est un besoin primaire. La qualité de ce lien amène un sentiment de sécurité plus ou moins fort rendant possible l'exploration de l'environnement extérieur. C'est donc une condition au bon développement de l'enfant. Le type d'attachement que l'enfant expérimente avec les figures parentales constitue un modèle relationnel pour lui. Ses comportements sont ainsi en rapport avec ses propres expériences.
    • La théorie du "spillover" explique comment l'agressivité régissant les rapports dans le couple peut déborder sur la relation enfants/parents. Ce phénomène engendre une moindre disponibilité affective des parents envers leurs enfants.

    En pratique : Ces explications permettent de mieux appréhender le fonctionnement de l'enfant exposé aux violences. En effet, des conduites inadaptées peuvent être l'expression d'une souffrance en lien avec un climat familial défavorable à son épanouissement et à sa construction psychique et affective.

    * Les symptômes qu'un enfant exposé aux violences est susceptible de présenter varient selon son âge. La santé mentale et physique, le développement cognitif et scolaire, et le fonctionnement social peuvent être altérés. Ces symptômes ne sont pas spécifiques de l'exposition aux violences conjugales.

    Psychologique Physique Cognitif et scolaire Comportemental et social

    Nourrisson

    - Pleurs excessifs

    - Retard staturopondéral

    - Troubles de l'alimentation

    - Troubles du sommeil

    -Inattention

    2-4 ans

    - Anxiété

    - État de stress post traumatique

    - Cauchemars

    - Plaintes somatiques

    - Enurésie/ Encoprésie

    - Retard de langage et de compréhension

    -Dépendance

    - Agressivité

    - Cruauté envers les animaux

    - Destruction de biens

    5-12 ans

    - Anxiété

    - Dépression

    - État de stress post traumatique

    - Faible estime de soi

    - Culpabilité

    - Sentiment d'insécurité

    - Confusion et ambivalence

    - Plaintes somatiques

    - Difficultés de concentration

    - Mauvais résultats scolaires

    - Agressivité

    - Repli sur soi

    - Destruction de biens

    - Séduction / Manipulation / Opposition

    - Vision stéréotypée des genres : manque de respect envers les femmes

    Adolescence

    - Dépression

    - Suicide et tentative de suicide

    - État de stress post traumatique

    - faibles estime de soi

    - culpabilité

    - Plaintes somatiques

    - Baisse des résultats scolaires

    - Agressivité

    - Abus de substances

    - Fugues

    - Délinquance

    - Repli sur soi

    - Vision stéréotypée des genres : manque de respect envers les femmes

    * A l'âge adulte, le retentissement de l'exposition aux violences peut persister et contribuer à perpétuer la violence au fil des générations, que ce soit en tant que victime ou en tant qu'agresseur.

    La concomitance de la maltraitance* de l'enfant et des violences conjugales n'est pas rare. Elle varie entre 30 et 70% selon les études nord américaines. Le retentissement de l'accumulation de plusieurs types de violence est d'autant plus qu'il n'est pas sur le développement de l'enfant. Lorsqu'il devient lui-même la cible directe des agressions, cela peut être un moyen pour l'agresseur de menacer la mère. A noter que la mère peut également agresser son enfant.

    * La maltraitance désigne ici des situations où la violence conjugale est associée à des maltraitances ou des négligences d'un ou des deux parents envers l'enfant.

    Parmi ces enfants, une partie ne présente pas de symptômes particuliers, il s'agit d'enfants résilients* ou en lutte. Les autres présentent des problèmes différents avec un retentissement important sur leur développement. L'identification de facteurs de risque et de facteurs protecteurs permet de mieux comprendre ces différences. Ils concernent l'enfant lui même, sa famille et son environnement.

    * La résilience est définie comme la capacité d'un individu à faire face à des obstacles pour maintenir un état de santé correct.

    Facteurs de risque et de protection associés au développement des enfants exposés à une situation d'adversité

    Facteurs de risque et de protection associés au développement des enfants exposés à une situation d'adversité
    * en situation de violences conjugales, la monoparentalité est un facteur protecteur
    D'après Lessard, G, and F Paradis. “Recension Des Écrits Sur La Problématique Des Enfants Exposés À La Violence Conjugale et Les Facteurs de Protection (INSPQ - Institut National de Santé Publique Du Québec),” 2003. https://www.inspq.qc.ca/publications/277

    Évaluer les répercussions des violences sur l'enfant lorsqu'une situation de violences conjugales se révèle, savoir suspecter l'exposition aux violences devant des symptômes évocateurs (comme pour la maltraitance) et ouvrir le dialogue avec l'enfant sont les objectifs.

    Devant une situation de violence conjugale connue : comment évaluer la situation des enfants ?

    • Évaluer les répercussions des violences sur l'enfant, sa sécurité, sa protection et son soutien
      • Faire le point sur la capacité des parents à exercer leur fonction et proposer un soutien parental si nécessaire.
      • Recueillir la perception de la mère ET de l'enfant, lorsque son âge le permet, sur les répercussions des violences et les risques encourus par l'enfant
      • Établir quels sont les facteurs de risque et les facteurs protecteurs
    • Alerter et protéger : l'information préoccupante et le signalement.
    • Proposer un suivi de l'enfant par des professionnels spécialisés en vue d'un soutien et/ou d'une prise en charge thérapeutique, l'un des objectifs étant de laisser un espace de parole à l'enfant.

    Rester vigilant sur les signes d'alerte évocateurs d'une situation de violence conjugale

    En tant que médecin généraliste, le suivi des enfants fait parti de notre pratique quotidienne. Face à certains symptômes inhabituels, il faut savoir penser à l'éventualité d'une exposition aux violences conjugales, comme pour les maltraitances .

    Les signes d'alerte évocateurs d'une situation à risque pour l'enfant sont :

    • Rupture dans le comportement
    • Repli sur soi ou hyperactivité
    • Régression des acquisitions ou Maturité précoce
    • Troubles alimentaires
    • Troubles du sommeil
    • Douleurs répétées
    • Rupture scolaire
    • Actes délictueux
    • Mise en péril de soi

    Ouvrir le dialogue avec l'enfant

    Pourquoi aborder le problème avec l'enfant ? L'enfant exposé aux violences est sans cesse soumis au secret. Lui offrir la possibilité de l'écouter, c'est lui montrer qu'il n'est pas seul et qu'on reconnaît que lui aussi souffre de cette situation.